La baisse des dotations n'est pas un point de blocage

La baisse des dotations aux collectivités est incontestablement un frein au développement de la transition énergétique en France. Mais elle ne bloque pas pour autant la mise en place de premiers projets. Ce point de vue est largement partagé par les élus ayant participé à l'étude : « La transition énergétique : parole d'élus », commandée par le Groupe La Poste au cabinet de conseil en communication et marketing Equancy. « La baisse des dotations n'empêche pas l'action, mais elle l'entrave, la décale », conclut ainsi l'étude.
« On fait avec les moyens que l'on a, ce qui signifie qu'on est obligé de retarder, de repousser des actions ou de les étaler dans le temps. On veut que notre ville demeure bien gérée, donc on fait plus lentement. Par exemple, l'électrification de notre parc de véhicules va prendre plus de temps que prévu », confie un élu cité par l'étude. « Bien sûr que la baisse des ressources, des dotations est un frein. Mais ça n'empêche quand même pas d'agir. Ce qui prime, c'est la volonté politique. Quand on l'a, on y arrive », souligne un autre.


Tous s'accordent sur un point : la rénovation énergétique de l'habitat est le domaine le plus impacté par la baisse des dotations, car les investissements nécessaires sont conséquents. « Sur la rénovation de notre propre bâti, honnêtement, on manque de moyens pour avancer », indique un des témoignages. « Un bâtiment HQE (Haute qualité environnementale) c'est 15/20 % de surcoût en investissement avant amortissement. On sollicite des subventions, on monte des dossiers mais c'est de plus en plus difficile avec les dotations qui baissent. Ça tire, ça coince. L'ambition du maire était ici plus forte que la réalité de l'action », observe un autre.

Ces projets peu coûteux qui permettent de débuter l'action

Comment se lancer dans la transition énergétique avec peu de moyens ? Selon les associations Amorce et AMF, il est possible déjà de mener des initiatives simples autour de la maîtrise de l'énergie. « Il est par exemple assez peu coûteux de mettre en place une solution de chauffage régulé dans les bâtiments publics afin de faire baisser sensiblement leur consommation », explique Nicolas Garnier, délégué général d'Amorce. Autre piste : l'isolation des combles perdus. Il s'agit d'espaces situés sous la charpente, déclaré non habitable, car trop étroits. Ils peuvent représenter 30 % des déperditions de chaleur pendant l'hiver. Or, il est possible de les isoler, par exemple avec la pose de laine à souffler. « Cela permet de gagner deux à trois degrés, ce qui est autant d'économies sur le chauffage », souligne André Flajolet, président de la commission Environnement et développement durable de l'AMF. « Le coût est raisonnable. Et comme il s'agit d'une action d'isolation, elle ouvre des droits aux Certificats d'Économie d'Énergie (CEE) », précise pour sa part Nicolas Garnier.

Enfin, Amorce comme l'AMF évoquent l'optimisation de l'éclairage public, qui peut représenter jusqu'à 40 % de la facture électrique d'une collectivité. Si le passage au LED reste cher, des petits systèmes de temporisation nocturne installés dans les armoires, permettent de baisser la consommation au cœur de la nuit, là où l'éclairage public est moins utile. Et même le LED, lorsqu'il est accompagné de temporisation nocturne et d'un dispositif de détection de présence (pour n'allumer que lorsque cela est nécessaire), constitue une solution relativement rentable à court terme. « Les économies de fonctionnement permettent de couvrir un emprunt avec un retour sur investissement de sept ans », conclut André Flajolet.

Vers une dotation transition énergétique pour les collectivités ?

Reste que : « ces actions de premier niveau ne permettrons pas de mettre en oeuvre une politique de transition énergétique globale dont la France a désormais besoin », conclut Nicolas Garnier. La situation pourrait-elle s'améliorer ? A priori pas tout de suite. « Nous espérions qu'une partie des recettes de l'augmentation de la fiscalité carbone soit reversée aux territoires pour leurs politiques énergie-climat. Mais cela a été supprimé au dernier moment dans la loi de finances pour 2018 », déplore Nicolas Garnier. « Nous ne pouvons imaginer que cela ne soit pas mis en œuvre pour 2019, sinon les objectifs fixés par la France en matière de transition énergétique perdront toute crédibilité », estime-t-il. Un point de vue partagé par André Flajolet. « Il faudra bien, à un moment donné, que l'État accompagne financièrement les comportements vertueux dans les territoires », estime-t-il.

(1) Amorce : Association nationale des collectivités, des associations et des entreprises pour la gestion des déchets, de l'énergie et des réseaux de chaleur.


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